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2021 Revue Appareils, appel à Contributions

Vilém Flusser : la technique et les médias à la croisée des disciplines

Appel à contributions


Date limite d’envoi des propositions : 1er janvier 2022


Figure singulière de la pensée des techniques, de la communication et des médias de la deuxième moitié du xxe siècle, Vilém Flusser est un penseur à la fois nomade au point de vue géographique et pluriel dans ses intérêts. Ainsi, né à Prague en 1920, il s’est ensuite installé au Brésil de 1940 à 1972, et a passé la fin de sa vie entre l’Allemagne et le Sud de la France. De plus, les nombreux essais dont il est l’auteur,
écrits ou traduits en plusieurs langues, croisent les territoires de la philosophie du langage, l’histoire culturelle, la technologie, la théorie de l’écriture, l’archéologie des médias, la théorie de la communication et des arts et une réflexion philosophique sur les images. La dissémination des écrits, le plurilinguisme, la multiplicité des lieux d’enseignement, le caractère résolument multidisciplinaire de son travail ont rendu difficile la réception de sa pensée, qui n’a été traduite en français qu’à partir des années 1990.


La spécificité de l’approche de Flusser consiste à s’intéresser à l’évolution historique des nouvelles formes d’expérience associées au développement des techniques et des médias, avec une attention constante à la compréhension des fonctionnements singuliers des dispositifs et des appareils, que ce soit à l’échelle des objets du design, des images photographiques, du cinéma, de la presse, de la télévision, de l’informatique ou de la ville. Parallèlement à des analyses extrêmement détaillées et situées d’objets et de dispositifs du quotidien, allant de la tente et du parapluie au tracé des routes et des autoroutes dans les paysages naturels en passant par l’appareil photographique et les
ordinateurs (dont il pressent la mise en réseau), Flusser développe des considérations plus systémiques et philosophiques sur la dynamique historique de l’évolution technologique, sur les transformations des rapports entre nature et culture, entre civilisation et médias. C’est à la fois dans cette approche au-delà des frontières des disciplines académiques et dans cette double échelle, qui va de la microanalyse de
dispositifs et appareils jusqu’à une ambition plus philosophique de compréhension systémique et de périodisation historique des relations entre expérience humaine et médiation technique, que se situe l’intérêt de cette pensée pour la compréhension du monde contemporain.


Nous attendons des propositions qui puissent s’inscrire – de façon non exhaustive – dans les quatre pistes de réflexion suivantes :

Théorie et philosophie du design
Dans La petite philosophie du design (éditions Circé, 2002), Flusser interroge la « ruse » et la « perfidie » du design. Cette activité entretient un lien étroit avec les domaines de la machine, de la technique, des arts et du savoir-faire artisanal et, plus globalement, avec la métis théorisée par Marcel Detienne et Jean-Pierre Vernant comme la « ruse de l’intelligence », qui s’exerce à des fins pratiques. Dans cette
perspective, Flusser questionne la nature de l’objet et de l’objet usuel, qu’il interprète en termes de pro-jet et comme intermédiaire, média intersubjectif (La petite philosophie du design, p. 41-42). Cela lui permet d’aborder de façon singulière les problématiques associées à l’activité du design et du designer et de poser la question relative à une nouvelle « morale des choses » et à la responsabilité éthique et politique des concepteurs.

Le faire et le geste
Étroitement lié à cette première thématique, on pourra également questionner l’intérêt de Flusser pour le geste et le travail de la main (Les gestes, Al Dante, 2014). En effet, tout en interrogeant l’époque « post-historique » des appareils et des médias qui est désormais la nôtre, Flusser n’oublie jamais le substrat anthropologique de « la fabrique » des objets et des dispositifs qui est donné par l’action de la main et de l’outil : « Fabriquer, cela signifie d’abord manipuler et détourner quelque chose qui fait partie du donné, le changer en artefact et le tourner vers l’application pratique » (La petite philosophie du design, p. 70-71). Cet aspect de la pensée de Flusser pourra être utilement mis en regard du renouveau de l’intérêt que l’anthropologie et la sociologie contemporaines (Inglod, Sennet, Michel Lallement) portent au « faire » (making).

L’univers des images techniques : communication et information
À partir de l’invention de la photographie, Flusser interroge la situation à ses yeux nouvelle et révolutionnaire qui nous a fait passer des images d’avant la modernité à des images produites par les techniques. Il explore ensuite plus globalement le domaine de la « civilisation des médias », qui comprend les images proposées par le cinéma, la télévision, les débuts de l’informatique et les transformations induites dans l’espace urbain par les nouvelles technologies. Il peut ainsi comparer l’effet civilisationnel de l’invention de la photographie à celui produit par l’invention de l’écriture. Il souligne notamment le caractère « pharmacologique » de l’image technique, porteuse à la fois de
menaces et de promesses : menaces d’une automatisation de la pensée et de l’expérience, qui risquent d’être globalement orientées par des images qui nous programment plutôt que par des images que nous programmons, et promesses de nouvelles formes d’accès à l’expérience et de relations intersubjectives tissées horizontalement grâce à la structure en réseau des nouveaux systèmes de communication et médiation technique.

Pré-modernité, modernité et post-histoire
Comme le montre Yves Citton dans sa postface à la traduction française[1] de l’ouvrage Post-histoire (T&P Work Unit, 2019), toutes les analyses de Flusser (fortement influencées en cela par le travail de Marshall Mac Luhan) sont structurées par un rythme ternaire : une période d’avant l’histoire et plus largement la période pré-moderne (l’époque du geste, des artefacts et des images « œuvres de l’art » et pré-techniques) ; une période moderne, caractérisée par la prédominance des machines qui sont des théories scientifiques matérialisées, correspondant à une mathématisation du réel ainsi qu’au monde linéaire de l’écriture de l’histoire ; et une période de la « post-histoire », celle de l’« homme-appareil » et de l’omniprésence des images techniques qui renouvellent en profondeur les rapports entre l’homme et l’outil, la nature et la culture. Plus les outils deviennent complexes, plus leurs fonctions deviennent abstraites, jusqu’à poser la question de l’« obsolescence de l’homme » dans un système automatisé. Qu’en est-il de la question du déterminisme technique dans ce système ?

Les textes seront réunis dans un numéro thématique de la revue Appareil à paraître fin 2022 sous la direction de Manola Antonioli et Vincent Jacques.


Modalités de soumission
Les propositions (autour de 3 000 signes) doivent être adressées pour le 1er janvier 2022 aux adresses suivantes : antonioli.manola@wanadoo.fr et jacques.vinc@gmail.com, accompagnées de quelques lignes de présentation de l’auteur.
Les propositions retenues donneront lieu à la rédaction d’un article complet (entre 30 000 et 50 000 signes maximum), à envoyer aux deux adresses ci-dessus pour le 1er mai 2022.
Les consignes pour la rédaction des articles se trouvent ici.

[1] NdE : En fait l’édition d’un tapuscrit écrit en français par Flusser.

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